P43 Vert ou P45 Blanc : Quel phosphore choisir pour vos tubes JVN ?
Bien qu'il faudrait davantage parler de phosphorescence plutôt que de phosphore à proprement parlé; nous faisons le choix d'adopter la terminologie la plus courante dans la communauté vision nocturne.
Le choix du phosphore est la décision la plus visible – au sens propre – lors de la configuration et l'achat d'une Jumelle de Vision Nocturne (JVN). D'un côté, le P43 incarne l'imagerie verte ancrée dans l'imaginaire collectif. De l'autre, le P45 propose une image blanc-gris résolument moderne.
Pourtant, les fiches techniques des fabricants sont formelles : à catégorie équivalente, les performances brutes du tube (FOM, SNR, résolution, gain) sont strictement identiques. L'arbitrage ne se fait donc pas sur la performance stricte du tube, mais sur la physiologie humaine : la perception, le confort visuel et la fatigue opérationnelle.
Point technique important; les oculaires ne sont pas conçus pour corriger les aberrations chromatiques du P45 White. Cela n'est généralement pas un problème. Mais peut générer un léger floue sur des distances importantes (kilométriques) comparativement au P43 Green.
Voici ce que dit la science et nos expérience terrain.
Ce que dit l'optique : Spectre émissif et physiologie de l'œil
Le P43 et le P45 ont été choisis par les industriels parce qu'ils répondent tous deux à des réalités physiologiques de l'œil humain.
- Le P43 (Vert-Jaune) : Il émet une lumière centrée autour de 543 nm. C'est précisément la longueur d'onde où l'œil humain (en vision photopique) possède sa sensibilité maximale. En clair : à luminance égale, une scène affichée en P43 paraîtra immédiatement plus lisible à l'opérateur qu'une scène en P45.
- Le P45 (Blanc-Gris) : Son spectre d'émission est beaucoup plus large (vers 555 nm), intégrant des composantes de bleu, de vert et de rouge. L’image obtenue se rapproche d'un rendu photographique en noir et blanc, que notre cerveau perçoit comme plus « naturelle ».
Plusieurs études cliniques et militaires d'envergure (notamment menées par l'US Army NSRDEC en 2018 et le USMC en 2021) ont démontré que le P45 permettait de mieux distinguer les contrastes; ceci limitant la fatigue visuelle lors des missions prolongées. A contrario du P43 qui provoque un épuisement des cônes chlorolabes (cônes verts) induisant lors de l'arrêt une persistance optique de couleur violette. Factuellement, des tâches persistes après l'extinction de l'appareil et le retour à la luminosité "normale".
Sur le terrain : Trois nuits d'essais comparatifs dans la fôret de Broceliande
En sus de nos expériences terrains; en janvier 2026, nos équipes ont mené un protocole de test sur deux nuits dans la fôret de Brocéliande. Nous avons utilisé deux systèmes LAB-NVS dotés de tubes aux spécifications identiques, la seule variable étant le type de phosphore. Les conditions étaient exigeantes : ciel couvert, absence de lune, températures oscillant entre −4 °C et +2 °C en sous-bois dense.
Nuit 1 : Patrouille dynamique en sous-bois (Confort VS Éclat)
Dès les premières minutes, le tube P43 (vert) offre une sensation de brillance supérieure. La lecture des reliefs du sol est immédiate. Cependant, après deux heures de marche continue, une fatigue visuelle s'installe. Au moment de retirer la JVN, le phénomène de persistance rétinienne (l'effet "œil vert") est marqué : l'œil met quelques minutes à retrouver une vision naturelle. La fatigue oculaire est manifeste
Le P45 (blanc) offre une image plus douce, de type "cinématographique". La lecture du terrain demande un léger temps d'adaptation au départ, mais après quatre heures de patrouille ininterrompue, aucune fatigue oculaire ni mal de crâne n'est à déplorer.
Nuit 2 : Observation statique et reconnaissance (Détails VS Contraste)
Ce test s'est concentré sur la détection de silhouettes et l'analyse de l'environnement. En termes de distance pure de détection, les deux tubes font jeu égal. C'est sur l'identification que le P45 se démarque : l'échelle de gris, plus riche en nuances, permet de mieux distinguer les textures (écorces, feuillages mouillés, roche). Le P43, quant à lui, a tendance à "écraser" ces nuances en offrant un contraste binaire plus violent, mais moins riche en informations contextuelles.
La recommandation de Silicate Systems
| Type de Phosphore | Points Forts | Usage Idéal | Recommandation |
| P45 (Blanc) | • Fatigue oculaire minimale • Nuances de textures supérieures • Transition œil nu facilitée | • Missions longues (+6h) • Milieu urbain et forestier • Opérateurs polyvalents | Notre choix par défaut. Le standard incontournable pour l'efficacité à long terme. |
| P43 (Vert) | • Sensation de brillance accrue • Contraste initial fort | • Missions courtes (<2h) • Environnements ultra-sombres sans aucune lumière résiduelle | Option spécifique. À réserver aux utilisateurs habitués ou aux budgets contraints. |
Le marché global confirme cette tendance de fond. Depuis 2018, le phosphore blanc est devenu le standard de facto pour les forces spéciales et les unités d'élite, propulsé par les innovations de leaders comme L3Harris et Photonis. Si le P43 reste un outil redoutable et techniquement viable, le P45 offre le compromis le plus performant pour l'opérateur moderne.
NB: tubes utilisés lors des deux nuits de test.
Paire n°1: NNVT NVT6 (class B) FOM1800+ P43 Green phosphor (GP) autogated et NNVT NVT6 (class B) FOM1800+ P45 White (WP) autogated
Paire n°2: NNVT NVT7 (class A/A+/S) FOM2000+ P43 Green phosphor (GP) et NNVT NVT7 (class A/A+/S) FOM2000+ P45 White phosphor (WP) autogating