Vision nocturne et thermique en Suisse : que dit la loi en 2026 ?
Vision nocturne et thermique en Suisse : que dit la loi en 2026 ?
La Suisse occupe une position particulière en Europe : elle n'est pas membre de l'Union européenne, dispose de sa propre loi sur les armes, et dissocie clairement l'appareil optique de son usage. Résultat : contrairement à des pays comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, l'achat et la possession d'un appareil de vision nocturne ou d'une caméra thermique y sont globalement libres — à condition de respecter deux points de friction bien identifiés : le montage sur une arme à feu, et la chasse. Ce guide fait le point sur le cadre légal applicable en 2026.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique. Les dispositions cantonales évoluant régulièrement, notamment en matière de chasse, un contact avec les autorités cantonales compétentes est recommandé avant tout usage professionnel ou spécifique.
Le principe : un appareil autonome se détient librement
En droit suisse, la vision nocturne et l'imagerie thermique ne sont pas des technologies réglementées en tant que telles. Un monoculaire ou un binoculaire à intensification de lumière, tout comme une caméra thermique portative, peuvent être achetés, importés à titre personnel et détenus sans autorisation spécifique, dès lors qu'ils sont utilisés à la main, indépendamment de toute arme.
Cette liberté couvre un large spectre d'usages civils :
- l'observation de la faune et la photographie nocturne ;
- la surveillance d'une propriété privée ;
- la randonnée, la navigation ou les loisirs de plein air en conditions de faible luminosité ;
- l'usage professionnel : forces de police, sécurité privée, services de secours et de sauvetage.
Aucune déclaration préalable n'est exigée pour ce type d'usage « à la main ». C'est le point qui distingue la Suisse de plusieurs de ses voisins, où le simple fait de posséder un appareil GN3+ peut nécessiter une justification.
Le point de bascule : le montage sur une arme à feu
Le cadre se durcit dès qu'un appareil de vision nocturne ou une lunette thermique est destiné à être fixé sur une arme à feu. La loi fédérale sur les armes (LArm) classe les « dispositifs de visée laser ou de visée nocturne » conçus comme accessoires d'une arme à feu dans la même catégorie que les silencieux ou les lance-grenades d'appoint : leur acquisition, leur importation et leur aliénation sont interdites, sauf autorisation exceptionnelle délivrée par l'autorité cantonale compétente.
Ce régime s'applique aux dispositifs de visée — c'est-à-dire aux systèmes conçus ou utilisés pour aider à la visée depuis une arme. Un appareil d'observation utilisé à la main, sans intention ni possibilité de montage sur une arme, ne tombe pas sous cette interdiction. La distinction entre les deux repose donc autant sur la conception de l'appareil que sur son usage réel.
Pour toute personne envisageant un montage sur arme, quel que soit le cadre (tir sportif, protection professionnelle, service militaire), une demande d'autorisation exceptionnelle auprès de la police cantonale est un préalable incontournable.
La chasse : un cadre fédéral flou, des cantons qui tranchent
C'est le point le plus débattu du moment. L'ordonnance fédérale sur la chasse (OChP) interdit, pour la pratique de la chasse, l'usage de « dispositifs de visée nocturne et de combinaisons d'appareils ayant une fonction comparable ». Le Conseil fédéral a confirmé que cette interdiction fédérale vise les dispositifs de visée et leurs équivalents — mais pas nécessairement les appareils d'imagerie thermique qui, par construction, ne peuvent pas être montés sur une arme.
Cette zone grise laisse la main aux cantons, via l'article 2 alinéa 3 de la loi fédérale sur la chasse (LChP), qui les autorise à restreindre ou interdire l'usage — voire la simple possession — d'appareils de vision nocturne et thermique sur leur territoire de chasse. Plusieurs cantons ont déjà légiféré en ce sens : le canton de Fribourg, par exemple, interdit dans son ordonnance cantonale la possession de ces appareils sur les territoires ouverts à la chasse, une position régulièrement contestée par des motions parlementaires cantonales en 2025 et 2026, les chasseurs mettant en avant l'intérêt de ces outils pour l'identification sûre du gibier et la sécurité (repérage d'autres usagers de la forêt à l'aube ou au crépuscule).
En pratique : avant tout achat destiné à un usage en lien avec la chasse, il est indispensable de consulter l'ordonnance cantonale sur la chasse du canton concerné. Les règles varient d'un canton à l'autre et évoluent d'une saison à l'autre.
Importation et biens à double usage
La Suisse encadre l'exportation des technologies dites « à double usage » — susceptibles d'un usage civil comme militaire — via la loi sur le contrôle des biens (LCB) et l'ordonnance sur le contrôle des biens (OCB), sous la responsabilité du Secrétariat d'État à l'économie (SECO). Les tubes intensificateurs de lumière et certaines caméras thermiques de spécification militaire figurent parmi les biens surveillés à l'exportation.
Pour un particulier important un appareil de vision nocturne à usage civil et à titre personnel, cet encadrement vise avant tout la réexportation de matériel à haute performance (notamment les générations militaires GN3+) vers l'étranger, plutôt que l'importation en Suisse pour un usage domestique. Il reste toutefois recommandé, pour tout achat de matériel haut de gamme ou d'origine militaire, de vérifier auprès du SECO ou de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF) si une formalité s'applique à votre cas précis, en particulier si l'appareil est susceptible d'être revendu ou transporté hors de Suisse par la suite.
Ce qu'il faut retenir
| Usage | Statut légal |
|---|---|
| Achat et possession d'un appareil autonome (monoculaire, binoculaire, thermique) | Libre, aucune autorisation requise |
| Usage à la main : observation, sécurité privée, loisirs, faune | Libre |
| Montage sur une arme à feu | Interdit sauf autorisation exceptionnelle cantonale |
| Usage à la chasse | Interdit au niveau fédéral pour les dispositifs de visée ; encadrement variable selon les cantons pour le thermique non monté |
| Importation à usage civil personnel | Généralement libre ; vigilance recommandée sur le matériel militaire haut de gamme |
| Usage professionnel (police, sécurité, secours) | Autorisé |
La Suisse offre donc l'un des cadres les plus souples d'Europe pour l'achat et la détention d'un appareil de vision nocturne ou thermique à usage civil — à condition de garder l'appareil à la main et de se renseigner localement avant tout usage lié à la chasse. C'est précisément ce type d'usage — observation, sécurité, loisirs de plein air — que couvrent nos boîtiers LNVM et LAB-NVS, conçus pour un usage manuel et casque, sans vocation de montage sur arme.