Vision nocturne et thermique en Belgique : le cadre légal en 2026
Vision nocturne et thermique en Belgique : le cadre légal en 2026
La Belgique fait partie des pays européens les plus restrictifs en matière de vision nocturne et thermique — bien plus que la France, l'Allemagne ou les Pays-Bas, où la possession d'un appareil d'observation sans interface d'arme est en général libre. Ici, le sujet ne relève pas d'une loi sur la chasse mais du droit des armes au sens large, ce qui change complètement la manière d'aborder un achat. Voici ce que dit précisément la législation belge en 2026, et ce qui est en train de changer.
Le texte de référence : la loi sur les armes du 8 juin 2006
Contrairement à la France ou à l'Allemagne, où le sujet est d'abord traité par le droit de la chasse, la Belgique encadre la vision nocturne via la loi du 8 juin 2006 réglant des activités économiques et individuelles avec des armes, dite « loi sur les armes », régulièrement modifiée depuis (dernière mise à jour au 26 mars 2026). Ce texte classe l'ensemble des armes et accessoires en quatre catégories : armes en vente libre, armes soumises à déclaration, armes soumises à autorisation, et armes prohibées. C'est dans cette dernière catégorie, la plus stricte, que se trouve la vision nocturne.
Les lunettes de visée nocturne : classées « armes prohibées »
L'article 3, § 1er, 15° de la loi sur les armes range explicitement les lunettes de visée nocturne parmi les armes prohibées, aux côtés des modérateurs de son et du matériel de visée à pointeur laser. Selon le SPF Justice, cette interdiction s'applique que l'appareil soit ou non monté sur une arme à feu. Seule une exception existe, prévue à l'article 27, en faveur des services de police et de sécurité.
La détention d'une arme prohibée est punie d'une amende pouvant atteindre 25 000 euros ou d'une peine de prison de cinq ans maximum. Un cas illustre bien la sévérité de cette classification : en 2020, un photographe animalier de la région liégeoise s'est vu confirmer par le SPF Justice que sa lunette infrarouge, utilisée uniquement pour observer la faune et jamais montée sur une arme, tombait malgré tout sous le coup de l'article 3, § 1er, 15°, faute d'exception prévue pour cet usage.
Observation ou visée : une frontière à vérifier au cas par cas
Le texte de loi vise spécifiquement les « lunettes de visée nocturne », c'est-à-dire des appareils conçus pour l'aide au tir. Dans la pratique, un consensus se dégage : un monoculaire ou un binoculaire d'observation, sans réticule et sans interface de fixation sur une arme, est généralement considéré différemment d'une lunette de visée montée sur un fusil. Les kits mains-libres (casque, monture) et tout dispositif destiné à être fixé sur une arme restent, eux, dans la zone la plus à risque.
Cette frontière n'est toutefois pas gravée dans la loi de façon détaillée, et le cas du photographe liégeois montre qu'un usage strictement civil et non armé peut malgré tout être requalifié en infraction par l'administration. Avant tout achat, il est recommandé de solliciter une confirmation écrite du SPF Justice (Service armes), en particulier pour un usage professionnel ou répété.
Vision thermique : un statut à part, encore incertain
La vision thermique ne repose pas sur un tube intensificateur de lumière mais sur la détection de chaleur : elle n'est donc pas nommément visée par l'article 3, § 1er, 15°, ce qui a longtemps laissé la porte ouverte à une commercialisation pour l'agriculture, la sécurité et l'observation professionnelle. La réforme de 2025 sur la chasse (voir ci-dessous), qui traite ensemble modérateurs de son et lunettes thermiques ou de vision nocturne, confirme cependant que les autorités belges considèrent bien ces deux technologies comme relevant du même cadre juridique strict dès lors qu'elles sont liées à une arme.
La réforme 2025-2026 pour les chasseurs : où en est-on ?
Le 18 juillet 2025, la Chambre des représentants a adopté un texte autorisant les titulaires d'un permis de chasse à détenir des modérateurs de son ainsi que des lunettes thermiques ou de vision nocturne — une avancée saluée par les fédérations cynégétiques, notamment pour la régulation nocturne des populations de sangliers en Wallonie. Trois points restent toutefois essentiels à connaître :
- Un arrêté royal d'exécution reste nécessaire pour fixer les modalités concrètes d'acquisition, de détention, de stockage, de transport et d'enregistrement de ces appareils. À la date de publication de cet article (août 2026), aucune parution confirmée de cet arrêté n'a été identifiée : sans lui, l'acquisition légale n'est pas encore opérationnelle pour les chasseurs.
- L'usage à la chasse reste distinct de la détention. Le protocole Benelux sur la chasse de 1970 et la décision Benelux sur les armes de 1983 encadrent l'usage de nuit à un niveau supra-national ; leur évolution ne dépend pas uniquement du droit belge.
- La réforme ne concerne que les titulaires d'un permis de chasse. Elle ne modifie pas le régime applicable aux autres usages (observation naturaliste, astronomie, sécurité privée, loisirs).
Des règles de chasse qui varient encore par région
Même une fois la détention clarifiée au niveau fédéral, l'usage à la chasse proprement dit reste régi par les décrets régionaux : le décret sur la chasse de la Région wallonne diffère de celui de la Région flamande. En Wallonie, la chasse est en principe autorisée entre une heure avant le lever du soleil et une heure après le coucher ; en dehors de cette plage, les opérations nocturnes de régulation du sanglier relèvent d'un régime distinct de « destruction », soumis à autorisation administrative préalable — et non de la chasse au sens strict.
Ce qu'il faut retenir avant d'acheter
- La Belgique classe les lunettes de visée nocturne parmi les armes prohibées, indépendamment de leur montage sur une arme.
- Les appareils d'observation pure (sans réticule, sans interface d'arme) se trouvent dans une zone d'application plus incertaine que dans la plupart des pays voisins — une vérification préalable auprès du SPF Justice est recommandée.
- La vision thermique suit une logique juridique proche, confirmée par la réforme 2025 sur la chasse.
- La détention par les chasseurs a été votée en 2025, mais son entrée en vigueur pratique dépend d'un arrêté royal toujours attendu à ce jour.
- L'usage à la chasse reste par ailleurs encadré par les décrets régionaux et par les accords Benelux.
Avertissement
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un avis juridique. Le cadre belge évolue rapidement (loi de 2025, arrêté royal en attente) : avant tout achat ou importation d'un appareil de vision nocturne ou thermique en Belgique, vérifiez le statut à jour auprès du SPF Justice (Service armes) ou d'un avocat spécialisé.